Silvia Saint et la communion des nerds

Silvia Saint croyait-elle à la communion des saints ? à cette conception d’une fusion des croyants avec leurs icônes dans un espace hors du temps ? Aurait-elle pu se douter, au moment où elle suçait sa première bite dans le cadre d’une caméra VHS, que son destin serait irrémédiablement lié à la croissance anarchique du web et de son armée de petits yeux anonymes ?

Nous étions à l’époque encore loin des technologies de tubes à très haut débit – plus proches à vrai dire du goutte-à-goutte d’un robinet mal fermé – où chaque minute de vidéo volée sur un logiciel de peer-to-peer était ni plus ni moins considéré comme une sainte relique aussitôt archivée dans un dossier spécial, bien à l’abri de l’oeil inquisiteur de nos parents qui n’auraient pas compris le credo de ce culte secret. Ils étaient bien incapables de saisir le mystère de la fondation d’une secte de branleurs des catacombes dans le calme apparent des cités pavillonnaires. En secret, nous partagions nos icônes de Sainte Silvia entre deux vidéos gores de martyrs en provenance rotten.com et nous préparions la mise à sac de la satanique industrie du disque.

Silvia Saint avait-elle entrevue, dans l’une de ses splendides extases, que la moindre de ses mimiques serait disséquées, inventoriées, diffusées en millions de fichiers informatiques avec pour conséquence le déclenchement d’autant d’éjaculations adolescentes ?

Non, Silvia Saint montrait la voie, rien que la voie. À l’autre bout du réseau, nous la suivions aveuglément. La conscience obscurcie par l’agressivité des écrans cathodiques et la bite à la main pour seul gouvernail.

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