Mythofiction

Une nouvelle fois au sommaire de la collection Osez 20 histoires chez La Musardine (pour Osez 20 histoires d’orgasmes inoubliables).

Je me suis senti obligé d’écrire quelques lignes d’explications à propos de ce texte, pour me justifier de n’avoir aucun trait en commun avec son narrateur. Réflexe conditionné par un certain apriori sur les auteurs de textes érotiques. Nombre de commentateurs seraient tentés de penser que nous nous contenterions de mettre à l’écrit nos histoires de fesses.

En l’occurrence, je n’ai rien à voir avec ce personnage, et personne (hormis les plus masochistes de mes lecteurs) ne souhaiterait se trouver à la place de cet homme qui a perdu la faculté de jouir. Et peu de femmes, j’imagine, ne voudraient d’un tel homme qui, pour reprendre son expression, aurait perdu son orgasme.

Les choses seraient simples si je pouvais me réfugier derrière une posture – le refus de l’autofiction – et répéter à loisir que je ne raconte pas ma vie dans mes écrits. Le simple fait de tenir à jour ce blog (à une cadence, certes, de très faible intensité) me ferait mentir, et c’est précisément ce mensonge qui m’oblige à mettre au jour cet état de fait : je suis bien plus influencé par mes personnages qu’ils ne le sont par moi.

Je ne saurais dire à quel point cette sentence tient du poncif.

Il me serait encore plus difficile de prétendre tenir une vérité sur le sujet.

Les mains sur le clavier, ou visité en pleine nuit par des messagers d’outre-espace, je me sens davantage médium qu’écrivain, davantage conduit, ou canal, qu’éponge.

L’éponge s’imprègne, dégorge, regorge, et ainsi de suite jusqu’à son inévitable désintégration.

Pour être franc, je n’ai aucun message politique ou revendicatif à faire passer. Je n’ai aucun compte à régler avec le monde, aucune thérapie à mener à bien. Je n’ai rien d’autre que ces personnages qui me tombent, pour ainsi dire, dans les bras.

Je les appelle personnages par facilité de langage, mais ils sont autre chose. D’un mot qu’il me faudrait inventer pour en désigner leur véritable nature. Des esprits, des chimères, pourraient convenir, si ces termes n’étaient ne sonnaient pas aussi new age. Ombres ou doubles seraient trop personnels. Archétype, personna, sonneraient faux, à moins de les voir comme des Arcanes, semblables aux figures du Tarot.

J’avais écrit, un jour que j’enquêtais sur mes personnages pour découvrir leurs secrets… j’ai parfois l’impression qu’ils ne me donnent à voir que ce qu’ils veulent bien montrer aux lecteurs, en gardant leur part de secret. De même qu’une arcane trouve son véritable sens dans l’imaginaire du lecteur d’un tirage.

Si je devais choisir mon rôle dans le Tarot, ce serait le bateleur. Le premier pas sur le chemin. Personnage truqueur ou manipulateur, illusionniste ou farceur, amateur de canular et de mises en scènes tronquées, amuseur public tout autant que gardien des portes menant aux chambres de quelques Papesses et Impératrices…

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