L’Hôtel des voyeurs

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(Image Marco Onofri)

Le dernier volume de la collection Osez 20 histoires* vient de paraître.

Je ne compte pas vous parler de mon texte inclus dans ce recueil, si ce n’est pour vous inciter à vous le procurer. Vous y découvrirez l’histoire de deux copines à la découverte d’une nouvelle forme de vertige. Quoiqu’il serait plus juste de parler de thérapie. Du genre de thérapie ballardienne que l’on pratique à coup de rough sex dans les gratte-ciels.

Ceci étant dit, je préfère vous faire visiter une autre chambre d’hôtel. Celle d’un Hôtel des voyeurs dont le principe me fut inspiré par le travail photographique de Marco Onofri**.

Un hôtel où toutes les portes restent ouvertes.

Un hôtel où la règle serait de vous mettre à nu devant les visiteurs.

Un hôtel où les chambres seraient gratuites, à condition de laisser son intimité au concierge et d’engranger un certain nombre de likes de la part de vos visiteurs, au risque de vous faire jeter si vous n’êtes pas capable de retenir l’attention assez longtemps.

Si l’Hôtel des voyeurs ne vous dit rien, sachez qu’un nombre incalculable de choses ont été dites à son propos.

Un grand nombre de mensonges.

Beaucoup de contre-vérités.

Pour en parler en connaissance de cause, il m’a fallu passer de l’autre côté de la barrière, de voyeur à client, ce qui me valut un sourire de la part du portier. Sa première attention en trois ans de visites régulières.

J’étais devenu visible, enfin.

J’allais pouvoir me mettre à nu à mon tour.

Combien de fois m’étais-je perdu à essayer d’imaginer ce qu’il pouvait passer par la tête des clients quand ils poussaient la porte, quand ils s’installaient pour la nuit, en faisant semblant d’oublier les regards postés aux quatre coins de la pièce ?

De qui, du voyeur ou du client, portait le masque ?

Même en cette position, prêt à me mettre à nu devant la petite dizaine d’invités assis sur la moquette, je n’aurais su répondre à cette question. J’avais perdu toute objectivité. M’étant laissé emporté par l’expérience et ne voulant pas décevoir mon public, je m’étais installé comme tant d’autres avant moi : une douche, une cigarette, une bière sortie du mini bar, la télé allumée sur un programme porno en anglais, le sexe bien visible une fois alité.

Des inconnus déambulaient dans cette ambassade provisoire de mes fantasmes, dans un dédale de couloirs de l’amour dont les issues donnaient sur des chambres de la mort. Une porte se trouvait là, juste devant moi. Une porte que je n’aurais jamais pu remarquer en tant que voyeur. Il m’avait fallu passer de l’autre côté du miroir pour envisager l’ampleur du sacrifice à accomplir. Les yeux comme des scalpels, chaque regard me dépeçait à sa manière, m’éloignant d’autant de l’homme que j’avais laissé au seuil de la porte, creusant tour à tour ma chair dans interminable festin.

Ce n’était pas mon corps que l’on souhaitait voir mise à nu. Mais bel et bien mon âme.

* http://www.lamusardine.com/…

** http://portfolio.marconofri.com/…

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