Quelle est votre boisson préférée ?

Pour être franc, je ne tiens pas à le savoir.

Par contre, je peux vous confier que la boisson préférée de Candice (l’héroïne de mes deux derniers livres*) est le Cherry Coke (J’ai toujours trouvé ce breuvage dégoûtant, mais cela n’engage que moi). Candice raffole du Cherry Coke et vous ne pouviez pas le savoir. C’était un secret bien gardé puisque je me suis bien gardé d’évoquer le nom de cette boisson dans ces deux livres.

Je pourrais vous en raconter d’autres sur Candice. Des choses qui pourraient vous faire rougir, d’autres qui expliqueraient pourquoi elle emprunte parfois le surnom de Candy Crash… mais vous n’en saurez pas davantage pour le moment. Je tiens à garder de bonnes relations avec Candice. Nous avons encore quelques aventures à vivre ensemble. C’est un peu voyeur, vous ne trouvez pas, cette manière de pouvoir s’immiscer à ce point dans la vie des gens, fussent-ils des personnages de fiction ? J’aime à penser que tout geste littéraire est entaché de voyeurisme, que l’on parle de grande littérature ou de ses sous-genres les plus turbulents.

Je chéris cette idée car j’aime promener mon œil de voyeur partout où je passe.

Je suis toujours à la recherche de mes personnages. Il m’arrive souvent de penser, non sans terreur, que j’aie pu les croiser dans la rue sans les reconnaître. Pour palier à cette inquiétude, j’ai développé une obsession consistant à examiner toutes les personnes que je croise. S’il ne s’agissait que de les scanner en quelques secondes de la tête au pied, ce n’aurait pas vraiment d’incidence, sauf qu’il m’arrive d’insister, d’appuyer le regard un peu trop longtemps, de laisser traîner une oreille dans les conversations, quand je ne me mets pas en tête de suivre des inconnus dans la rue, dans le bus, dans le train, sur la plage, au supermarché. Je suis cette personne pour deviner qui elle est. Plus excitant encore, je cherche à deviner qui elle pourrait être, une fois délivrée, intégralement ou en partie, de ce qui compose sa carapace sociale.

L’idée est séduisante de pouvoir dénuder les fils qui se trouvent dans la tête d’un personnage avant de le défaire de ses vêtements pour l’introduire dans une scène scabreuse. J’aime à croire que la pornographie et l’érotisme ne se limitent pas à la simple mise en scène de la sexualité ou du désir. Une fois que vous avez fouiné dans la vie de votre personnage pour connaître tout de lui, ses secrets comme ses peurs les plus intimes, est-on déjà dans la pornographie ?

De par la figure imposée de la scène de sexe, le genre érotico-porno se prête très bien à ce genre de dévoilement, tant que l’histoire se doit d’entretenir l’équilibre entre la vérité nue et le mystère, entre ce que la voix du narrateur veut bien vous présenter pour vrai et ce qu’elle entend cacher entre les lignes. C’est une sorte de contrat, au sens faustien du terme que l’auteur signe avec ses personnages. Reste à déterminer à qui appartient la main chargée de signer le contrat de son propre sang.

* Fréquence Frénésie (Collection Paulette) et Les incendiaires (SKA)

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